jeudi 7 décembre 2017

Elément féminin


La poésie est nécessairement féminine. La femme laisse entrer le monde en elle. La femme reçoit les pistils portés par le vent. Elle les sent et elle jouit. De manière générale, la femme ne fait que recevoir, l’homme expulse. La femme reçoit le monde, l’homme. Elle sent tout le condensé avec une capacité de dissolution sans pareille qui fait sa force. Cette action de poétiser le monde et de le transformer ne s’arrête pas là. Car ce qu’elle reçoit, ou transforme, est en fait la naissance du monde, la petite enfance, la vérité première. Elle en est le seul témoin. Son témoignage est poésie. Sa transformation est ressourcement, résurrection.

samedi 2 décembre 2017

Origines du spirituel


Les rites funéraires sont la première apparition de la spiritualité dans les civilisations archaïques. Avant de penser le monde, de l’analyser, une fois le minimum vital à leur portée, les hommes ont commencé à bâtir des tombeaux, à sanctifier la mort. Ils ont, impuissant face à la finitude, défié la mort en créant la mémoire des morts, la demeure des morts.
La quête d’immortalité est la deuxième source de spiritualité du monde primitif qui a explosé aujourd’hui avec la science. Non seulement nos ancêtres ont conjuré la mort, mais ils ont voulu la braver. Ces deux choses pourtant, sont impossibles, et c’est cette impossibilité même qui a fait la force et la beauté des hommes. L’infantilisation où nous évoluons actuellement tient au fait que nous pensons en avoir terminé avec ce qui fait l’homme. Je ne m’attarderais pas sur l’ineptie de cette position qui coutera extrêmement cher à l’homme, mais je me réjouis sincèrement de la punition et de la révélation qui lui succèdera quand et si il aura retrouvé la raison.

mercredi 29 novembre 2017

Diogène


Diogène, c’est le dialogue intérieur (je dis bien dialogue et pas monologue), la pensée qui se fabrique en marchant, puérile, infantile, avec un goût de folie morale qui la préserve. Aucun des gueux qui s’y réfèrent aujourd’hui n’a véritablement percé ce mystère. La petitesse et la folie du dialogue sont une persévérance morale. Ringarde, ridicule, cette folie amène à soi dans les moments d’apathie, elle est la seule garante du bonheur, du moi qui redouble. L’autosuffisance de cette manie est calquée sur la nature, sa nature, qui à chaque moment est acceptée, étudiée, préservée. En accordant à soi toutes les nuances de l’être on acquiert sa nature entière. Le ridicule n’engage que soi, il aime à s’écarter de la bien-pensance, du paraître, de la lente dégradation du moi qui n’est pas écouté. Diogène se préserve, comme un animal qui ne se soucie pas du regard des autres.

jeudi 23 novembre 2017

Progrès


Le progrès est nécessairement la cause de la dissipation de la culture. Dissipation qui, sans cesse croissante, en vient à l’asphyxier, jusqu’à ce que, par définition, l’homme ne puisse plus respirer. Les causes de son malheur, au-delà de son refuge dans l’irréalité, le cloisonnement des riches, lui sont pourtant assez floues. L’ironie du sort étant que l’on propose comme solutions à ce malheur l’accroissement de ses causes mêmes : le progrès. Le malheur prend alors un caractère double : l’homme est non seulement lentement déraciné, mais qui plus est balayé par le vent du progrès qui lui empêche d’y voir clair.

samedi 4 novembre 2017

Anciens, culture, longévité


La longévité est certainement l’alibi du progrès. Tout le monde, dans l’état actuel des choses, même s’il a à se plaindre, voudrait vivre plus longtemps, quitte à saborder nombres de principes qui sont bons pour l’homme. Les philosophes de l’antiquité s’intéressaient à ce qui est bon pour l’homme en général, et jusqu’ici, ce fait été mis en avant jusqu’à ce que la science et le progrès atteigne un seuil qui est venu corrompre la vie de l’homme. Notre longévité, notre rapport à la mort a changé. En quelque sorte, il nous tient en tutelle, et nous savons que nous portons atteinte à l’homme et la culture, mais ceci est toujours repoussé par la formule, « jusqu’ici, ça va ». Les anciens s’intéressaient d’avantage à l’avenir et au passé. Mais aussi, l’homme du vingt et unième siècle regrette un passé qu’il a connu. Tous à peu près veulent la même chose, même s’ils s’affrontent. Mais tous savent qu’ils sont responsables de ce qu’ils regrettent. Ils regrettent le passé, mais ils ont tué le culte des anciens, le culte de l’histoire.

mardi 10 octobre 2017

Hesse


Le problème majeur de Hesse n’est pas nécessairement l’impossibilité qu’il a eu de s’extraire de lui-même. Au contraire, je dirais qu’il n’a eu de cesse de se dépasser à tel point qu’il n’était plus lui-même, mais oublié dans une prose spirituelle qui ne tenait pas compte de lui. Il a menti en quelque sorte, sur son moi. La vision du monde qu’il pose n’a pas de chair, rien n’est vraiment littéraire, tout est conté. On s’ennuie même si on est enthousiaste à le lire. Hesse s’est trahi sur ce point : il renie son sujet dans tous ses livres, il ne parle que de sa représentation.

samedi 7 octobre 2017

Méditation



La méditation bouddhique est une véritable entrée dans le néant chez ceux qui l’utilisent comme un moyen pour oublier le monde, la vie, l’homme. Oublier, ou plutôt stériliser les forces de la vie par la méditation est pourtant une mauvaise interprétation du bouddhisme, car elle permet, elle se devait à l’origine de faire remonter à la surface des révélations sur la vie, l’homme, le monde, en se débarrassant du superflu, et non en anéantissant l’essentiel. Or ces nouveaux penseurs bouddhiques se servent de la méditation pour oublier l’essentiel, et non y pénétrer d’avantage. Ce n’est rien qu’un moyen d’être performant, ou de ne plus sentir le monde pour mieux le nier, et ne pas souffrir de ses injonctions.
On me dira peut-être que le bouddhisme voulait se débarrasser des injonctions du monde. Dans ce cas, ou bien il est le premier vecteur du nihilisme, ou bien au contraire il se devait de répondre à des injonctions véritables : celles de préserver le monde, la vie et l’homme tels qu’ils sont.