Il faut savoir une seule chose. L’ordre sur lequel repose le
monde n’a pas de fondements. Cet ordre est senti par tous les gens, et pourtant
il ne repose sur rien, il peut voler en éclats, se disloquer. Cet ordre anime
les esprits, il les échauffe, il les console, il les motive. Mais cet ordre
pourrait tout aussi bien être une pure construction, une pure spéculation. Ses
assises semblent tellement stables, et pourtant il n’en est rien. Viscéralement
les gens respectent cet ordre et s’adonnent à lui. Les rites qui lui sont
offerts sont la manifestation de sa puissance, de sa longévité. Mais il n’est
rien en raison de ce qu’on ne peut percevoir, il n’est rien hors de lui-même.
Il est tout en lui-même et dans la perception qu’on a de lui, mais il ne vaut
rien, il n’explique rien, il n’est rien d’autre qu’un souffle qui peut virer à
tout moment. Ce souffle qui anime les gens, animerait le cosmos ? Chaque
découverte, fruit de cet ordre, nous en écarte, nous en éloigne. Il viendra un
temps où cet ordre n’aura plus aucune signification, car il est dans la nature
de cet ordre de nous faire comprendre et assimiler qu’il n’a rien d’un ordre
naturel, qu’il ne nous a pas été donné, mais que nous l’avons construit.
Aurions-nous été les victimes de ce que nous avons perçu ou
cru ? La réponse à la genèse de cet ordre est tout autant insoluble que
son avenir. Aucune évidence ne peut nous éclairer sur son évolution ou son
passé. Nous ne savons rien de ce dont nous sommes convaincus. Rien ne peut
éclairer cette lumière. Nous vivons avec une conviction qui ne sait rien d’elle,
nous jugeons de ses principes qui nous semblent les bons, les plus évidents.
Nous jugeons nécessaire d’éduquer en vertu de cet ordre, mais déjà l’édifice s’ébranle,
et déjà les sciences que nous avons décelées nous contredisent.
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