samedi 18 août 2018

Ordre


Il faut savoir une seule chose. L’ordre sur lequel repose le monde n’a pas de fondements. Cet ordre est senti par tous les gens, et pourtant il ne repose sur rien, il peut voler en éclats, se disloquer. Cet ordre anime les esprits, il les échauffe, il les console, il les motive. Mais cet ordre pourrait tout aussi bien être une pure construction, une pure spéculation. Ses assises semblent tellement stables, et pourtant il n’en est rien. Viscéralement les gens respectent cet ordre et s’adonnent à lui. Les rites qui lui sont offerts sont la manifestation de sa puissance, de sa longévité. Mais il n’est rien en raison de ce qu’on ne peut percevoir, il n’est rien hors de lui-même. Il est tout en lui-même et dans la perception qu’on a de lui, mais il ne vaut rien, il n’explique rien, il n’est rien d’autre qu’un souffle qui peut virer à tout moment. Ce souffle qui anime les gens, animerait le cosmos ? Chaque découverte, fruit de cet ordre, nous en écarte, nous en éloigne. Il viendra un temps où cet ordre n’aura plus aucune signification, car il est dans la nature de cet ordre de nous faire comprendre et assimiler qu’il n’a rien d’un ordre naturel, qu’il ne nous a pas été donné, mais que nous l’avons construit.

Aurions-nous été les victimes de ce que nous avons perçu ou cru ? La réponse à la genèse de cet ordre est tout autant insoluble que son avenir. Aucune évidence ne peut nous éclairer sur son évolution ou son passé. Nous ne savons rien de ce dont nous sommes convaincus. Rien ne peut éclairer cette lumière. Nous vivons avec une conviction qui ne sait rien d’elle, nous jugeons de ses principes qui nous semblent les bons, les plus évidents. Nous jugeons nécessaire d’éduquer en vertu de cet ordre, mais déjà l’édifice s’ébranle, et déjà les sciences que nous avons décelées nous contredisent.

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