vendredi 3 août 2018

Corps et espace contemporain

Certains des plus ignares de notre jeunesse participent à certaines fêtes contemporaines, non pas pour assouvir leur désir, mais pour tenter d’avoir du désir. Ils n’ont pas, à proprement parler de désir, mais veulent en avoir. Les corps qui s’exhibent sans tabous sont une superbe image du désir qui s’annule, qui est impossible. Leur désir n’est plus qu’un fantasme du désir, une vague et nébuleuse perception de ce que pourrait être le désir et qu’ils ne peuvent obtenir. Rien ne leur manque, sauf le désir.
Mais ces gens là sont l’objet du capital et du puritanisme. Le puritanisme les entretient, et ils l’entretiennent également. Le puritanisme est dans son essence la négation des corps, et ces gens là sont également la négation des corps, mais en quelque sorte de manière inversée. Ils sont l’impossibilité d’avoir un corps, de vivre un corps. Ils sont dissociés de leur corps. Leur esprit ne fait pas corps, leur esprit est séparé de ce qu’ils ne peuvent réaliser : leur propre corps. Ils ne peuvent le faire fusionner avec ce qu’ils désirent lointainement, ce qu’ils pensent être le désir réalisé et que le puritanisme leur a interdit. Ils perpétuent en quelque sorte l’interdit jusqu’au bout, jusqu’à ce que l’interdit leur soit attribué dans la pleine expression du corps, et que l’impossibilité de le faire interagir avec quelque chose d’extérieur soit atteint. Voilà la complaisance du puritanisme : avoir fait des guerriers de la négation du corps.
Le capital, ou par extension l’industrie du service est un moyen de suppression du corps. Le corps immergé dans le service n’est plus un corps, puisque le service le remplace. L’un des paradoxes du monde réduit au service est le culte du corps. Car le corps se venge de n’avoir plus d’utilité en se surajoutant au réel, en se surexposant. Pourtant ce n’est plus tout à fait le corps, car il ne fait plus corps avec le monde. Il est juste un luminaire indiquant sa fin prochaine, son abolition. Il n’est pas ou plus connecté avec ce qui l’entoure, il est réduit à lui-même, et s’affiche comme un totem. Il tente de résoudre sa propre énigme : sa disparition générée par le capital.

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