Il est difficile d’utiliser un mot adéquat pour définir ce
que veulent les progressistes. Ce n’est ni la pureté ni la saleté, ni le rêve
ni le réalisme ordinaire, ni la vulgarité ni l’affèterie, ni la misère ni la
richesse. Ils veulent en quelque sorte une réalité brute, ni souillée ni immaculée,
le plaisir brut, le désir brut mais qui ne soit pas le plaisir pour le plaisir
ou le désir pour le désir. Cela ne doit pas être non plus purement esthétique,
ni pleinement spirituel. Une sorte d’immanence indéfinissable, ni passéiste ni
utopique. Cette chose, car c’est bien une chose, un phénomène, existe pourtant.
On pourrait la placer du côté du rimbaldisme. Mais les progressistes se
trompent fondamentalement sur une chose, qui a trait au rimbaldisme. C’est que
le rimbaldisme, ou plutôt Rimbaud lui-même, avait conscience que c’est de la
misère, la violence, la petitesse, que nait le génie, la création et le bonheur
vrai. Par conséquent l’idée de transformer une société pour parvenir à cela est
impossible, voire stérile. Il faudrait prendre conscience que c’est de la
misère ambiante, de la vulgarité des gens, inchangeable, que naissent les
conditions de l’exception. Cette exception a bien été saisie par les
progressistes, mais pas ses fondements. En vérité les progressistes façonnent
le lit de ce qu’ils combattent par leur combat lui-même. Ou bien ils aggravent
la condition misérable de l’homme par leur visibilité, ou bien ils aseptisent la
réalité des choses par leurs agissements.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire