mercredi 21 mars 2018

Progressisme


Il est difficile d’utiliser un mot adéquat pour définir ce que veulent les progressistes. Ce n’est ni la pureté ni la saleté, ni le rêve ni le réalisme ordinaire, ni la vulgarité ni l’affèterie, ni la misère ni la richesse. Ils veulent en quelque sorte une réalité brute, ni souillée ni immaculée, le plaisir brut, le désir brut mais qui ne soit pas le plaisir pour le plaisir ou le désir pour le désir. Cela ne doit pas être non plus purement esthétique, ni pleinement spirituel. Une sorte d’immanence indéfinissable, ni passéiste ni utopique. Cette chose, car c’est bien une chose, un phénomène, existe pourtant. On pourrait la placer du côté du rimbaldisme. Mais les progressistes se trompent fondamentalement sur une chose, qui a trait au rimbaldisme. C’est que le rimbaldisme, ou plutôt Rimbaud lui-même, avait conscience que c’est de la misère, la violence, la petitesse, que nait le génie, la création et le bonheur vrai. Par conséquent l’idée de transformer une société pour parvenir à cela est impossible, voire stérile. Il faudrait prendre conscience que c’est de la misère ambiante, de la vulgarité des gens, inchangeable, que naissent les conditions de l’exception. Cette exception a bien été saisie par les progressistes, mais pas ses fondements. En vérité les progressistes façonnent le lit de ce qu’ils combattent par leur combat lui-même. Ou bien ils aggravent la condition misérable de l’homme par leur visibilité, ou bien ils aseptisent la réalité des choses par leurs agissements.

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